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vendredi 22 mai 2009

un automne au Portugal - 2

25 octobre - 14h57

La mer commence à se déchaîner et l'embarcation de Philippe passe près de chavirer à chaque fois qu'une vague la frappe. L'idée semblait pourtant excellente au départ. Louer un voilier, voguer vers le large et, à quelques milles nautiques de la côte, sortir le laptop, brancher l'interface audio, bien placer le micro, accorder la guitare et enregistrer, avec le son du vent en filigrane sonore, loin de tout.

Mais le plan est rapidement tombé à l'eau, au propre comme au figuré. Le vent s'est levé subitement, et le marin néophyte s'est retrouvé avec une situation trop lourde à gérer pour ses capacités.

Le laptop baigne sur le pont, juste à côté de l'étui de la Gibson, au feutre détrempé. Philippe tente tant bien que mal de protéger sa Dove chérie, mais l'eau a déjà sérieusement abîmé la caisse.

Il lève les yeux et, en voyant le ciel se voiler, se rend compte que le pire de la tempête s'en vient.

Juste comme une longue plainte sourde s'éveille au creux de son estomac, a proximité de la boule permanente qui le noue depuis des mois, Philippe se réveille en sueurs, allongé dans le hamac de la véranda, fouetté par le vent qui vient de se lever.

Il se lève, ferme solidement les volets, attache le vélo à la clôture et s'enferme dans la maisonnette. Par précaution, le matériel d'enregistrement et la Dove se retrouvent sous le lit, à l'abri d'intempéries trop insistantes.

Une fois le disjoncteur à off, Philippe tire une chaise, s'assied, pose les coudes sur la tables et regarde le mur devant lui.

Track sheets, idées de paroles, bouts de mélodies griffonnées sur des papiers froissées. Fissures, peinture défraîchie.

Le vent commence à siffler entre les volets et la maison. Le claquement du bois contre la pierre devient presque hypnotique. Philippe se surprend même à y déceler des figures rythmiques intéressantes.

L'obscurité gagne la grande pièce où les bruits de la nature déchaînée sont maîtres.

Philippe, ferme les yeux, pas craintif pour deux sous.

La visite au marché du village attendra...

jeudi 21 mai 2009

Un automne au Portugal

23 octobre - 9h22

Philippe s'éveille dans la seule chambre de la maisonnette qu'il loue sur le bord de l'Atlantique. Il reste dans le le lit, les yeux ouverts, fixants les lattes de bois du plafond croche. À sa droite, les chiffres du réveil-matin clignotent. L'électricité a encore flanché cette nuit.

Par la fenêtre, il entend les vagues qui se cassent sur les rochers. Il les entend, mais ne les remarque plus. Ça fait plus de trois mois qu'il est dans le nord du Portugal. La mer est devenue un bruit de fond et un refuge quotidien. Comme s'il retournait quelques instants dans le confort du liquide amniotique.

9h36.

Les chiffres clignotent toujours, obstinés à marquer un rythme qui n'existe plus. Philippe se lève, ne prend pas la peine de s'habiller et se dirige vers la grande pièce qui fait office de cuisine, de salon, de salle à manger, de bureau et de studio d'enregistrement.

Les gestes machinaux du matin, ceux d'avant la première cigarette, se répètent dans le même ordre que depuis des mois: vider la cafetière, la remplir, ajouter du café, la déposer sur le rond gauche du poêle électrique à deux éléments, allumer le rond, trouver les cigarettes, en ficher une entre ses lèvres, fouiller sur le comptoir pour trouver des allumettes, allumer la cigarette, tirer une bouffée en regardant par la fenêtre. Vider la tête. Voir au loin, de l'autre côté de l'Atlantique.

Effacer les images de juin, à Montréal, sur De Lorimier, dans sa chambre.

Verser le café, le boire en essayant de faire le vide, encore une fois. Éteindre la cigarette

Enfiler un short, sortir, courir vers la mer, s'y plonger.

Résister à l'envie de crier sous l'eau, de laisser ses poumons s'emplir, de couler à pic.

Sortir de l'eau, marcher vers la maison. Démarrer l'ordinateur, prendre la guitare.

Enregistrer des chansons d'amour de merde pour une fille de merde.

Effacer le disque dur.

Déjeuner.

attendre...
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(à suivre?!)

mardi 5 mai 2009

Le noeud du problème

- Arrête de te sauver de tout! Tu m'énarves à t'fermer les yeux d'vant la vérité...
- Ta gueule, tu sais pas de quoi tu parles!
- Fuck you!

Porte de bureau et porte de chambre qui claquent à l'unisson. Au moins, on est encore en harmonie sur un point...

Ça fait deux jours que ça dure, deux jours à s'ignorer, à se faire la gueule, à faire exprès pour se faire chier par des petits riens subtils: ouvrir le journal un peu plus grand que d'habitude pour que le coin droit de la section Arts et Spectacles atterrisse sur la toast de l'autre, se raser sciemment avec le rasoir de l'autre...Une p'tite guerre de nerfs d'un couple qui se connaît trop.

On est passés le stade du make-up sex, du make-up déjeûner au resto, du make-up bouquet de fleurs, de la make-up pipe complète...Qu'est-ce qui nous retient ensemble sinon l'habitude et le confort des jours qui se suivent et qui se ressemblent fucking trop?

Mais bon, c'est tolérable, vivable, suffocant, mais pas assez pour asphyxier les morceaux d'amour qui essaient tant bien que mal de survivre.

L'appartement nous ressemble: à l'envers, débordé, dépourvu de sens, presque.

Et on joue cette pièce depuis tellement de mois qu'on en connaît les répliques par coeur, surtout les répliques qui piquent, qui font mal. Mais on est trop chickens pour changer le texte, jouer sur un autre registre. On continue dans ce qu'on connaît. Peut-être qu'au fond, ça fait notre affaire.

Et là, ce soir, à la table à dîner, c'est parti pour être la même répétition des mêmes mots, des mêmes synonymes. Usés, fatigués. Nous là, pas les mots.

entre deux bouchées, elle me regarde, neutre.

- Tu sais c'est quoi mon problème?
- Non.

C'est vrai, je ne le sais pas c'est quoi son problème...En fait, je sais quels sont SES problèmes. Elle est chiche de dire qu'elle n'en a qu'un.

- Mon problème, c'est toi.

Enfin.

Le troisième acte peut prendre fin, il a duré tellement longtemps. Le rideau va descendre bientôt, au grand plaisir des spectateurs obligés de cette pièce sordide, aux acteurs épuisés, au propos répétitif.

Pour la première fois depuis des mois, je ne réponds pas.

Pour la première fois depuis des mois, elle a raison.

mercredi 8 avril 2009

Au beau fixe.

-"Grouille-toi, on va être en retard."
-"Je vais être prête dans 10 minutes, écoute la télé en attendant!"

Pascal soupire et se résigne; selon lui, sa belle Julie est assez belle pour aller prendre une bière, pas besoin de se maquiller et de se coiffer.

Dans le salon trop petit de leur 4 1/2 rue Lafontaine, PAscal s'écrase devant la télé et allonge le bras pour prendre la télécommande. MAchinalement, il zappe d'une chaîne à l'autre, s'arrêtant quelques secondes sur chacune avant de décider que c'est ennuyant. Le programme télévisuel du vendredi soir est pauvre...

Son pouce cesse toute activité au CAnal Météo, où la présentatrice du moment capte son attention. Relativement jolie, elle parle du temps au beau fixe depuis quelques semaines.

"Sans être encore vraiment l'été, ce mois de juini est clément. Les normales saisonnières n'ont pas été dépassées, mais aucune baisse de température significative n,a été enregistrée. Depuis quelques mois déjà, la province de Québec est chanceuse! Du soleil sans excès au thermomètre, des averses ici et là, mais rien de particulier..."

Et elle continue son babillage sur l'accalmie météorologique qui frappe la province...

Pascal se lève et se dirige vers la salle de bains. Il reste planté devant la porte. Il entend Julie chantonner le dernier tube radiophonique, ses bruits de mise en beauté.

- "Julie?"
- "Oui?"
- "J'm'en vais..."
- "Ok, j'vais te rejoindre tantôt..."

dimanche 24 juin 2007

Spécial ou bizarre

« Le prof vient de nous demander une dissertation sur la différence entre spécial et bizarre. Tous les autres élèves sont en train d’écrire. Moi, j’ai pas d’idée, pas encore. C’est pas facile de faire la distinction entre les deux…

Spécial, c’est quelque chose qui n’arrive pas souvent, non? C’est ponctuel, inopiné. En tout cas, je pense. Tandis que bizarre, c’est un état plus permanent.. « Y’arrive quelque chose de bizarre’ ça veut dire que ce qui est arrive est intrinsèquement différent. « Ah, c’est spécial », ça veut dire que C’ est différent du reste.

Crisse. C’est pas facile. »

Seuls les crissements des crayons sur le papier brisent le silence. Et la respiration d’Antoine, qui se demande toujours quoi écrire.

« Spécial, c’est comme la fois où l’acuponcteur avait enfoncé une aiguille dans l’épaule de papa et qu’il l’avait oubliée là. Spécial, c’est comme quand j’étais petit et qu’on allait manger au McDo avant de faire l’épicerie, si j’avais été gentil pendant la semaine. Spécial, c’est Tremblay qui sniffe du Liquid Paper.

Fuck!

Je ne veux pas parler de ça… »

Amtoine s’agite, et comme chaque fois, passe sa main dans son cou, sous le collet de son chandail. Un tic qu’il a développé il y a plusieurs années de cela. Les minutes passent et les doigts d’Antoine bougent sous le tissu. Le geste l’apaise. La vingtaine d’élèves ne lui porte pas attention : ils sont tous absorbés dans la rédaction de leur dissertation.

« Spécial, spécial, spécial…J’m’en crisse tu du spécial! »

Antoine se gratte le bas du dos. Ça lui pique énormémement. Nerveux comme il est, il ne pourra tenir longtemps en place. Il prend son crayon et attaque la feuille de papier blanche devant lui.

Quelques minutes plus tard, il se lève d’un coup, prend son sac à dos et qutte la classe, laissant sur son pupître une feuille noiricie et quelques brins d’herbe.

Le professeur quitte son bureau, surpris de la rapidité d’éxécution d’Antoine pour aller chercher sa copie.
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La différence entre spécial et bizarre.

Spécial, c’est quelque chose de ponctuel, d’inopiné, qui n’arrive pas souvent. Comme le fait que j’aie terminé cette dissertation avant tout le monde. Ou encore aller manger dans un restaurant chic quand on y va jamais. C’est une occasion spéciale, pas une occasion bizarre.

Bizarre, c’est un phénomène tellemement différent que les gens ne comprennent pas tout de suite, ni même jamais, pourquoi ça arrive. C’est tangible comme différence, c’est marqué, presque au fer rouge.

Comme moi quand je suis nerveux…J’ai des brins d’herbe et des fleurs qui me poussent dans le dos et je dois les arracher sinon ils dépassent de mes vêtements… »

samedi 13 janvier 2007

L'inexprimabilité du futur

Un regard qui semble durer une éternité, mais qui fait à peine deux battements de cils avant de se voiler.

Un main qui quitte la sienne, qui monte vers la bouche vermeille et tordue.

Un subtil mouvement de recul, non-calculé, mais qui déchire la vie.

Sa vie.

Ça n’avait commencé que par une promenade banale, une promenade comme toutes les promenades que font les gens qui croient être amoureux, une nuit d’été.

Elle était arrivée chez lui sans s’annoncer, avec un panier rempli de victuailles, une bouteille de rosée et un sourire désarmant. Lui n’avait pas compris pourquoi mais pourquoi refuser du fromage, du pain et une partie de jambes en l’air?

Au parc, tout c’était bien déroulé : pas de dégats, pas de pluie, encore moins de fourmis. Le plan était tracé à grands traits de stylo indélibile.

Bouffe

Baise

Dodo

Pendant la nuit, elle l’avait réveillé, lui avait dit de s’habiller et de la suivre. Encore groggy de sexe, d’alcool et de sommeil, il s’était exécuté sans rouspéter, espérant une récompense, un peu de sexe kinky à la clé du jeu. Cela faisait quelques fois qu’ils couchaient ensemble et il s’attendait à plus que le missionnaire et une fellation de quelques minutes, sans happy ending.

Elle l’avait traîné dans les rues du quartier, noires à cette heure, jusqu’au parc où ils s’étaient rencontrés la première fois. « C’est là » qu’elle lui a dit. « Là qu’on s’est vus pour la première fois. » « Oui, puis… »

C’est tout ce qu’il avait répondu.

Un regard qui semble durer une éternité, mais qui fait à peine deux battements de cils.

Une main qui prend la sienne, qui la monte vers sa bouche vermeille et tendue.

Un subtil mouvement de rapprochement, non-calculé, qui comble le vide entre eux.

Les mots. L’attente.

« Pas moi. »